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ALIMENTATION
23.10.2017

Etats généraux de l'alimentation : la Conf globalement satisfaite des annonces de Macron

11.10.2017 -
A l’issue de la première phase des états généraux de l’alimentation, le président Macron a annoncé une première série de mesures, le 11 octobre. Des annonces qui reprennent de nombreuses propositions de la Confédération paysanne mais qu’il faudra traduire en actes. Analyse, revue de presse...

 

 

 

 "Une révolution dans le système agro-industriel" selon Laurent PINATEL

 

Invité de Bourdin direct sur RMC, Laurent Pinatel, Porte-parole de la Confédération paysanne, a commenté les annonces des Macron.

 

 

 

Synthèse
Macron annonce des contrats basés sur les coûts de production


Sur le marché de Rungis mercredi 11 octobre 2017, le président de la République a prononcé un très long discours agricole au cours duquel il a souhaité que les contrats soient d'abord fondés sur les coûts de production des agriculteurs. Tour d'horizon des principales annonces.

 

  • la promulgation d'une loi pour rééquilibrer les relations commerciales avec une contractualisation rénovée qui inverse la construction du prix à partir du coût de revient des producteurs. C'est clairement une VICTOIRE de la Conf'

 

  • la nécessité de monter en gamme dans les filières, y compris d'abandonner des marchés export peu valorisateurs (exemple du poulet industriel vers le proche-moyen orient).

 

  • Se donner du temps et de la visibilité par l'élaboration de plans de filière pour engager une transformation en profondeur. Chaque filière devra donner des objectifs chiffrés (% de bio, % en label…). Sur cette base, une enveloppe conséquente, de 5 milliards pour l'investissement sera distribuée pour transformer l'offre et prendre à bras le corps la transition agroécologique. Cet effort inédit de structuration sera donc soutenu, annonce le Président.

 

  • transformer nos modèles productifs et sortir de la logique de court-terme absurde. « Il n'y aura pas de modèle durable si nous procrastinons. » «  Le modèle actuel n'est pas soutenable ». Pendant le discours, Christiane Lambert, présidente de la FNSEA*, avait du mal à cacher son mécontentement. Le Président a d'ailleurs stoppé son discours en disant qu'il voyait bien que ça ne plaisait pas à certains mais qu'il allait falloir changer à l'avenir le modèle productif agricole.

 

  • Changer d'approche économique : « nous avons protégé des choix absurdes car nous n'avons pas réglé la question économique du revenu paysan ». « Il faut arrêter de demander un énième plan de crise, arrêter les productions qui ne rémunèrent pas, des compétitions sur certains marchés export contre lesquels nous ne pouvons rien. » « Il faut développer la qualité, les labels, les indications géographiques… Il faut regarder en face nos productions les plus fragiles, les modèles productifs sans avenir et arrêter de se dire qu'on concurrencera la ferme de 100 000 vaches en Chine. »

 

  • Rémunérer les services environnementaux avec une enveloppe supplémentaire de 200 millions d'euros.

 

  • avoir une responsabilité morale vis-à-vis des intrants chimiques : il faut sortir de cette dépendance tout en aidant les agriculteurs dans la transition : « Il faut accompagner chacun pour traduire en actes les défis sanitaires et environnementaux ». La question de la durabilité du modèle agricole est un problème partagé. « Le problème du glyphosate, c'est le problème de tout le monde ».

 

  • décliner de manière concrète les alternatives aux intrants chimiques : biocontrôle…. Macron annonce la séparation du conseil et de la vente (concernant les pesticides), et plus d'indépendance et d'exemplarité dans les travaux d'expertise sur les sujets environnementaux et sanitaires. « Les industriels font pression, c'est une réalité. Il faut sortir de ça, sinon, on sera pris dans le bégaiement des intérêts » « On ne fera pas l'impasse sur ces sujets » Il faut chiffrer les coûts et accompagner les paysan.ne.s si besoin.

 

  • arrêter la guerre des prix par un relèvement du seuil de revente à perte au niveau de la distribution et un encadrement des promotions. Mais ce relèvement du SRP est conditionné à un prix juste payé au producteur et à une montée en qualité des produits, conditions qui avaient été posées par la Conf'.

 

  • favoriser le regroupement de l'offre dans des Organisations de Producteurs commerciales et professionnaliser ces OP. Travailler sur une base pluriannuelle de négociation selon les filières.

 

  • Appliquer pleinement la loi Sapin II grâce à des contrôles et sanctions effectives, notamment concernant la non-publication des comptes (cas de Bigard et Lactalis par ex). Ce sera une avancée pour la transparence dans les filières alimentaires, où les fortunes de l'agroalimentaire croissent de manière éhontée.

 

  • Renforcer le rôle du médiateur, notamment en permettant la publication du nom de l'entreprise qui ne respecte pas la loi ou abuse de son pouvoir dans les filières (« name and shame »). Renforcer l'Observatoire de la Formation des prix et des marges.

 

  • Soutenir le maillon de l'abattage et relocaliser les outils dans certains territoires.

 

  • Avoir la capacité collective à répondre aux inquiétudes santé-environnement des citoyen.ne.s. Recréer la confiance entre l'ensemble des acteurs, consommateurs et citoyens compris, des prix jusqu'aux sujets environnementaux. « Cultiver nos différences pour susciter la préférence des consommateurs ».

 

  • Fournir 50% bio ou local dans la restauration collective publique en 2022

 

  • Simplifier la mise en place de projets de méthanisation et énergétiques en général. La production d'énergie peut faire partie de l'équilibre productif agricole.

 

  • Faire en sorte que l'UE* et la nouvelle PAC* prennent la même direction, assume une vraie politique de qualité, souveraineté alimentaire et de prix justes. Il a parlé de garanties contracycliques filière par filière afin de protéger de la volatilité des cours.

 

  • Garantir le respect des lignes sanitaires et environnementales dans le cadre du CETA. Il ne remet pas en cause l'organisation libérale des marchés. Face à cela, il propose uniquement un étiquetage de l'origine renforcé pour que le consommateur choisisse en connaissance de cause. Il parle néanmoins de mettre des exigences sur les modes de production dans les traités commerciaux.

 


La grosse zone d'ombre du discours reste la conciliation impossible entre : réussir la transition, garantir le revenu paysan tout en continuant dans une organisation libérale des marchés.



Victor Pereira, animateur Conf nationale

 

 

Analyse


La Conf apprécie

 

 

  • La promulgation à venir d'une loi pour rééquilibrer les contrats et déterminer un prix juste et rémunérateur. C'est une victoire forte de la Conf', seul syndicat à porter cette revendication depuis des années, et très fortement depuis avril dernier. Il faudra rendre effectif l'inversion de la construction du prix (s'appuyer d'abord sur le coût de revient) et se battre pour éviter la contre-offensive des mastodontes de l'industrie et de la distribution lors de la loi au 1er semestre 2018.

 

  • le changement de paradigme évoqué par Macron. Il s'appuie sur une réflexion économique de réorganisation du modèle agricole français. Concurrencer d'autres pays aux contraintes bien différentes de la France sur des marchés export avec des produits bas de gamme est absurde. Cela a été bien dit par le Président. Le discours était clair sur la nécessité de changer de modèle productif et que les plans de filière travaillent en ce sens. Ces plans de montée en gamme doivent être élaborés dans des instances ouvertes (les interprofessions sont des « vieux » outils et gérées par les acteurs de l'inertie : FNSEA*, gros Industriels (Bigard-Lactalis…): le pluralisme syndical est primordial (dans les interprofession et instituts techniques), l'ouverture à la société civile est essentielle pour la définition de plans de filière ambitieux et réellement porteurs de montée en qualité, de démarches de progrès et de transition agricole et alimentaire

 

  • le cap donné pour la transition agricole et alimentaire : 200 millions d'euros supplémentaires pour la rémunération de services environnementaux, expertise scientifique et indépendante sur les pesticides, engagement à sortir de la dépendance aux intrants chimiques en organisant les alternatives et accompagnant les paysans dans le changement nécessaire…

 

  • le fait de lier le relèvement du seuil de revente à perte, potentiellement source d'augmentation des prix consommateurs sur certains produits, à un juste prix payé au producteur et à une garantie de montée en qualité des produits.
 
 

La Conf se méfie

 

  • de la traduction en actes de ce qui n'est pour le moment qu'un simple discours, notamment en ce qui concerne la loi promise.

 

  • de l'inversion du contrat, qui serait désormais proposé par les producteurs à leurs acheteurs, nous semble présenter un risque. Par exemple en lait, on peut imaginer que dans certains endroits où les prix de collecte sont élevés, parce qu'il n'y a pas beaucoup de producteurs, ou parce qu'une entreprise a décidé de moins s'y rendre, que l'acheteur refuse les contrats proposés par les producteurs. Alors que jusqu'à maintenant, il y avait obligation de collecte, l'entreprise se devait de proposer un contrat au producteur.

 

  • de la coexistence de ces annonces avec la dure réalité de l'orientation libérale de la Commission Européenne, notamment en ce qui concerne les accords de libre-échange. La régulation des marchés et l'accompagnement de la transition doivent redevenir les axes de la Politique Agricole Commune.

 

  • de la contradiction entre ces annonces de changement de cap en agriculture et les premières décisions du gouvernement, notamment la non-revalorisation de la surprime des premiers hectares ou la fin de l'aide au maintien bio…

 

  • du suivi de l'élaboration des plans de filière, qui risque de voir ceux qui ont intérêt au statu quo (FNSEA*-ANIA) organiser une contre-offensive importante contre les objectifs ambitieux de transition et de montée en gamme.

 

  • de la gouvernance et l'efficacité des Organisations de Producteurs, qui ne sont pas questionnées. Il ne faudrait pas réduire le problème à un simple manque d'organisation des producteurs. Il ne faut pas non plus que l'État laisse les filières se débrouiller entre elles, comme Macron l'a laissée entendre. L'État va devoir se ré-investir.

 

  • des soutiens effectifs à la relocalisation : soutien aux abattoirs de proximité, aux outils collectifs de filières locales… La notion de territoire ne doit pas être occultée par la seule notion de filière.

 

  • de l'oubli des productions fermières et des circuits courts, grands absents du discours de Rungis, en les soutenant d'un point de vue réglementaire, sanitaire et financier (investissement).


VP, d'après analyse du Comité national
 

 

Réaction
« Partir de nos coûts de production, du jamais vu ! »


Laurent PINATEL, Porte-Parole national de la Confédération paysanne, réagit positivement aux annonces de Macron, tout en étant sur ses gardes.


« Globalement, nous sommes satisfaits par les annonces et le cap fixé par Macron. Les notions de prix juste au producteur, de montée en gamme, de changement de modèle productif, de prise de responsabilité sur les sujets environnementaux et sanitaires … vont complètement dans le sens de bon nombre de nos propositions.
Il y a d'abord cette loi annoncée pour 2018, pour que les prix agricoles soient fixés en fonction de nos coûts de production. C'est inédit ! C'est une victoire importante pour la Conf' qui revendique depuis des années une loi sur le revenu paysan. C'était le titre du rapport d'orientation de notre dernier Congrès à Muzillac. On a martelé ce thème lors des législatives du mois de mai, et plus récemment, lors des Etats généraux, avec toute une plateforme d'ONG*. On a bien vu face aux interventions de Bigard et Leclerc, qu'une charte d'engagement des acteurs des filières pour se répartir les marges ne suffirait pas ! Comment Mme Lambert, Présidente de la FNSEA*, pouvait-elle croire que, face à de telles entreprises, il suffirait de « retisser la confiance » pour redonner du revenu aux paysan-nes ?  On était donc les seuls à demander une loi contraignante sur la répartition des marges et nous l'avons obtenue. C'est quelque chose de nouveau et d'important que d'avoir assimilé qu'il n'est pas normal que les paysans et les paysannes n'aient pas de revenu alors qu'on est en 2017 et plus au Moyen Âge !
Et puis il y a cette volonté affichée de changer le modèle agricole, d'arrêter avec les crises de surproduction à répétition, de s'adapter à la demande… Par exemple de produire davantage de porc bio et moins de poulets bas de gamme pour l'export. Là encore, ce discours, c'est totalement nouveau.
Cependant, nous ne sommes pas des lapins de trois semaines. Il reste beaucoup de chemin avant que ces belles paroles se transforment en actes. On s'imagine bien qu'il y aura des gens pour contourner la loi. Nous aurons à souffrir la dangereuse contre-offensive de ceux qui s'accaparent les fruits de notre travail depuis des années, ainsi que ceux qui ont intérêt à l'immobilisme des systèmes de production. Si l'État souhaite réellement  redonner un revenu aux paysans, nous sommes prêts à travailler avec lui. »


Propos recueillis par SR

 

 


Les Etats généraux de l'alimentation, mode d'emploi
 

Lancé officiellement par le gouvernement le 20 juillet dernier, les États généraux de l'alimentation s'organisent en deux chantiers

  • un premier chantier « agricole » consacré à la création et à la répartition de la valeur ajoutée, qui vient de s'achever avec le discours de Rungis du 11 octobre
  • et un deuxième chantier « alimentaire » portant sur une alimentation saine, sûre, durable et accessible à tous. Il devrait s'achever fin novembre

À l'issue de la première phase des États généraux de l'alimentation consacrée à la création et la répartition de la valeur, Emmanuel Macron a dévoilé, lors d'un discours prononcé le 11 octobre 2017 depuis le marché international de Rungis, des mesures pour le secteur agricole et agroalimentaire. Ces mesures seront portées par une loi votée au 1er semestre 2018.

Le site des états généraux de l'alimentation : www.egalimentation.gouv.fr

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